De nouvelles compétences pour trois professions de santé clés

Kinés, infirmiers, opticiens : compétences élargies depuis juillet 2024

Face à la tension sur l'offre médicale et aux délais d'attente qui s'allongent dans plusieurs régions, le gouvernement a publié au cours de l'été 2024 plusieurs textes qui modifient en profondeur les compétences accordées aux kinésithérapeutes, aux infirmiers et aux opticiens. Objectif affiché : désengorger les cabinets de médecins généralistes, fluidifier les parcours de soins et accélérer la prise en charge des patients chroniques. Cette actualité fait le point sur les nouveaux périmètres d'intervention, leurs conditions d'application et leurs conséquences pratiques pour les assurés sociaux.

Pourquoi le gouvernement élargit les compétences paramédicales

La démographie médicale française traverse une période de fortes tensions. Selon les chiffres publiés par la Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques (DREES), la densité de médecins généralistes recule depuis plus de dix ans, et certains territoires figurent désormais parmi les zones d'intervention prioritaire. Les délais pour décrocher un rendez-vous, qu'il s'agisse d'un généraliste, d'un kinésithérapeute ou d'un ophtalmologiste, dépassent fréquemment plusieurs semaines.

Pour répondre à cette réalité, les pouvoirs publics misent depuis 2023 sur une logique de transferts de compétences : confier à des professionnels paramédicaux des actes qui relevaient jusqu'alors exclusivement du médecin. Les textes publiés en juillet 2024 prolongent cette approche, déjà engagée avec la loi du 19 mai 2023 dite « loi Rist 2 ».

  • Décharger les généralistes des consultations de renouvellement les plus simples ;
  • Réduire le renoncement aux soins lié à l'attente ;
  • Valoriser l'expertise des infirmiers, kinésithérapeutes et opticiens-lunetiers ;
  • Maintenir la sécurité du patient grâce à un encadrement strict des nouveaux actes.

Pour mieux comprendre ces évolutions, consultez notre dossier sur le parcours de santé et la transformation du système.

Kinésithérapeutes : la fin obligatoire de la prescription médicale préalable

C'est l'une des avancées les plus visibles pour les patients : il est désormais possible de consulter directement un masseur-kinésithérapeute, sans passer obligatoirement par son médecin traitant. Cet accès direct avait été ouvert à titre expérimental dans certains départements, avant d'être généralisé par décret en 2024.

Dans quel cadre l'accès direct s'applique

L'accès direct n'est pas universel. Il est encadré par plusieurs conditions cumulatives :

  • Le kinésithérapeute doit exercer dans une structure d'exercice coordonné : maison de santé pluriprofessionnelle, centre de santé, communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) ou équipe de soins primaires ;
  • Le patient ne doit pas avoir consulté préalablement pour ce motif un médecin ;
  • Le professionnel s'engage à transmettre un compte rendu au médecin traitant pour assurer la continuité du parcours.

Conséquences pour le remboursement

Le remboursement par l'Assurance Maladie reste aligné sur la base de remboursement classique (par exemple 16,13 € pour une séance de rééducation de membre, prise en charge à 60 % par la Sécurité sociale). Les éventuels dépassements et le ticket modérateur restent à la charge du patient ou de sa complémentaire santé. Pour comparer les niveaux de prise en charge, EcoMutuelle vous met en relation, gratuitement pour les particuliers, avec un courtier partenaire inscrit à l'ORIAS.

Infirmier référent : un nouveau rôle pour les patients en ALD

Deuxième nouveauté majeure : la création de la fonction d'infirmier référent. Initialement esquissé par la loi de financement de la Sécurité sociale, ce dispositif vise les patients pris en charge au titre d'une affection de longue durée (ALD), c'est-à-dire les personnes souffrant de pathologies chroniques comme le diabète, l'insuffisance cardiaque ou certaines maladies neurodégénératives.

Le rôle concret de l'infirmier référent

Le patient peut désigner librement un infirmier libéral, salarié ou exerçant en centre de santé, comme infirmier référent. Cette désignation se fait via un formulaire transmis à la caisse primaire d'assurance maladie. Le professionnel devient alors un pivot du suivi quotidien :

  • Coordination avec le médecin traitant et les autres professionnels du parcours ;
  • Suivi des prescriptions, des soins et des examens biologiques ;
  • Prévention des complications (chutes, plaies chroniques, déséquilibre glycémique) ;
  • Éducation thérapeutique et accompagnement de l'observance du traitement.

Pour qui ce dispositif change-t-il vraiment la donne

Les patients âgés, isolés, ou polypathologiques sont les premiers concernés. L'objectif est de limiter les ruptures de parcours, fréquentes après une hospitalisation, et d'éviter des passages aux urgences évitables. Les informations détaillées sur les ALD figurent sur ameli.fr.

Opticiens : adapter dès la première délivrance les verres correcteurs

Troisième changement notable, et particulièrement attendu : les opticiens-lunetiers peuvent désormais adapter la première prescription de verres correcteurs, sous certaines conditions, sans renvoyer le patient chez l'ophtalmologiste. Cette mesure se justifie par les délais d'accès très longs en ophtalmologie, qui peuvent atteindre plusieurs mois dans certaines villes.

Conditions d'âge et de validité de l'ordonnance

L'adaptation par l'opticien obéit à un cadre légal précis :

Âge du patientDurée de validité de l'ordonnanceAdaptation possible par l'opticien
Moins de 16 ans1 anNon, sauf cas particuliers
De 16 à 42 ans5 ansOui, dans les limites de l'ordonnance
Plus de 42 ans3 ansOui, dans les limites de l'ordonnance

Ce que l'opticien peut, et ne peut pas, faire

L'opticien peut ajuster la correction pour mieux refléter l'évolution de la vue du patient, dans les bornes prévues par l'ordonnance initiale. Il doit toutefois refuser l'adaptation si le patient signale une gêne nouvelle, une perte d'acuité importante ou des troubles évocateurs d'une pathologie. Dans ces situations, une consultation chez l'ophtalmologiste reste impérative.

Côté budget, l'optique fait partie des postes les plus impactés par le reste à charge. La réforme du 100 % Santé permet, sur le panier A, un remboursement intégral pour les montures et les verres conformes au cahier des charges. Le panier B, dit « libre », laisse en revanche une part variable à la complémentaire santé.

Ce que ces évolutions changent concrètement pour les assurés

Au-delà des aspects techniques, ces trois mesures redessinent la façon dont les Français peuvent organiser leurs soins courants.

  • Moins d'étapes intermédiaires pour des actes simples : une douleur de cervicales, le renouvellement de lunettes ou le suivi d'un diabète peuvent être pris en charge plus rapidement ;
  • Une responsabilité accrue du paramédical, qui devient prescripteur dans son périmètre et porte la coordination avec le médecin traitant ;
  • Un parcours toujours organisé autour du médecin traitant, qui reste le pivot du parcours de soins coordonnés au sens de l'article L. 162-5-3 du Code de la sécurité sociale ;
  • Une vigilance utile sur les remboursements : les bases de remboursement et taux de prise en charge ne sont pas modifiés par ces décrets, seul le canal d'accès l'est.

Avant de modifier votre complémentaire santé, il peut être utile de comparer les niveaux de garanties sur les postes les plus sollicités (optique, kinésithérapie, hospitalisation). EcoMutuelle vous met en relation, gratuitement pour les particuliers, avec un courtier partenaire inscrit à l'ORIAS, qui pourra analyser votre situation. Consultez aussi l'article sur la télémédecine et son remboursement pour mesurer l'ensemble des évolutions récentes.

Limites du dispositif et points de vigilance

Si l'élargissement des compétences est salué par de nombreuses organisations de patients, il soulève également des questions, soulignées notamment par les ordres professionnels et la Cour des comptes dans ses derniers rapports.

Continuité et sécurité du parcours

Le rôle de coordination du médecin traitant reste central. Si les comptes rendus du kinésithérapeute, de l'infirmier référent ou de l'opticien ne lui parviennent pas, le risque de redondances ou d'erreurs augmente. Le déploiement du Dossier Médical Partagé (DMP) et de Mon espace santé doit fluidifier ces échanges.

Inégalités territoriales possibles

L'accès direct chez le kinésithérapeute n'est ouvert que dans les structures d'exercice coordonné. Or, ces structures sont inégalement réparties sur le territoire. Les zones rurales et certaines périphéries urbaines pourraient initialement bénéficier moins de la réforme que les territoires déjà bien dotés en CPTS. Les textes officiels sont consultables sur legifrance.gouv.fr.

Questions fréquentes

Puis-je consulter un kinésithérapeute sans ordonnance de mon médecin ?

Oui, à condition que le kinésithérapeute exerce dans une structure d'exercice coordonné (maison de santé pluriprofessionnelle, centre de santé, communauté professionnelle territoriale de santé). En dehors de ce cadre, une prescription médicale reste requise pour ouvrir le droit au remboursement par l'Assurance Maladie. Le professionnel transmet un compte rendu à votre médecin traitant pour assurer la continuité de votre suivi.

Comment désigner un infirmier référent pour une ALD ?

La désignation se fait par un formulaire commun signé par le patient et l'infirmier choisi, puis adressé à votre caisse primaire d'assurance maladie. Vous pouvez sélectionner librement un infirmier libéral, salarié d'un centre de santé ou exerçant en structure de soins. Cette démarche est gratuite et révocable. Le détail est disponible sur ameli.fr.

L'opticien peut-il modifier ma correction de lunettes sans ordonnance récente ?

Oui, dans la limite de la durée de validité de votre ordonnance : 5 ans pour les patients de 16 à 42 ans et 3 ans au-delà de 42 ans. L'opticien doit cependant refuser l'adaptation si vous signalez une gêne nouvelle ou des troubles qui peuvent évoquer une pathologie. Une consultation chez l'ophtalmologiste reste alors indispensable.

Ces nouvelles compétences changent-elles le remboursement par la Sécurité sociale ?

Non. Les bases de remboursement et les taux de prise en charge restent ceux fixés par la convention. Une séance de kinésithérapie, un acte infirmier ou la délivrance de verres correcteurs sont remboursés selon les mêmes règles. Seule l'organisation de l'accès aux soins évolue. Le reste à charge éventuel dépend toujours du contrat de votre complémentaire santé.

Le médecin traitant reste-t-il indispensable au parcours de soins ?

Oui, sans aucune ambiguïté. Le médecin traitant reste le pivot du parcours de soins coordonnés. Les nouvelles compétences accordées aux kinés, infirmiers et opticiens s'inscrivent en complément, et non en substitution. Les professionnels concernés sont tenus de partager un compte rendu et d'orienter le patient vers le médecin dès qu'une situation clinique le justifie.

Comment ces évolutions peuvent-elles influencer le choix d'une complémentaire santé ?

Les postes les plus sensibles restent l'optique, la kinésithérapie, le dentaire et l'hospitalisation. Un accès facilité aux soins peut conduire à les utiliser plus souvent, ce qui rend pertinent un examen des garanties existantes. EcoMutuelle vous met en relation, gratuitement pour les particuliers, avec un courtier partenaire inscrit à l'ORIAS, qui pourra analyser vos besoins en fonction de votre situation et de votre budget.

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