Endotest et endométriose : pourquoi ce test salivaire fait débat
Présenté en 2022 comme une avancée majeure contre l'errance diagnostique de l'endométriose, l'Endotest® salivaire mis au point par la société Ziwig se retrouve au cœur d'une vive controverse scientifique. Le dispositif, fondé sur l'analyse de micro-ARN et l'intelligence artificielle, promet de détecter la maladie en quelques semaines, là où le diagnostic conventionnel demande encore en moyenne sept ans. Mais la communauté médicale réclame des preuves cliniques plus solides avant une prise en charge généralisée par l'Assurance Maladie, attendue par de nombreuses patientes.

L'endométriose, un enjeu majeur de santé publique
L'endométriose touche environ une femme sur dix en âge de procréer en France, soit près de 2 millions de patientes selon les estimations de l'Inserm. Cette maladie gynécologique chronique se caractérise par la présence de tissu semblable à la muqueuse utérine en dehors de l'utérus, provoquant douleurs invalidantes, troubles digestifs, fatigue extrême et, dans 30 à 40 % des cas, infertilité.
Le principal défi reste le délai de diagnostic : en moyenne sept années s'écoulent entre l'apparition des premiers symptômes et la confirmation médicale. Les examens de référence (échographie pelvienne, IRM spécialisée, parfois cœlioscopie) restent invasifs, coûteux et inégalement accessibles sur le territoire. Cette errance diagnostique aggrave la maladie et pèse lourdement sur la qualité de vie des femmes concernées.
Reconnue comme priorité nationale depuis la stratégie endométriose lancée en 2022, la pathologie fait l'objet d'investissements publics significatifs en recherche et en formation des professionnels de santé.
Endotest : comment fonctionne le test salivaire Ziwig
Développé par la biotech française Ziwig, l'Endotest® repose sur un principe innovant : un simple prélèvement de salive analysé par séquençage des micro-ARN. Un algorithme d'intelligence artificielle compare ensuite la signature génétique du prélèvement à une base de données pour identifier la présence éventuelle de la maladie.
Les arguments avancés par le fabricant sont les suivants :
- Non-invasivité : un crachat suffit, sans examen physique douloureux.
- Rapidité : résultats annoncés sous quelques semaines, contre plusieurs années par voie classique.
- Précision revendiquée : sensibilité et spécificité supérieures à 95 % selon les études publiées par l'éditeur.
- Accessibilité géographique : pas besoin de plateau technique lourd pour le prélèvement.
Le test est commercialisé depuis 2022 à un tarif d'environ 800 euros, restant pour l'instant entièrement à la charge des patientes. Ziwig a déposé une demande de prise en charge auprès de la Haute Autorité de Santé (HAS), qui doit évaluer la pertinence d'un remboursement par la Sécurité sociale.
Une efficacité remise en cause par la communauté scientifique
Malgré la médiatisation favorable dont bénéficie l'Endotest, une partie importante des spécialistes appelle à la prudence. Plusieurs sociétés savantes de gynécologie et de radiologie ont publié des prises de position critiques, pointant les limites méthodologiques des études disponibles.
Les principales réserves formulées portent sur :
- La taille restreinte des cohortes utilisées pour valider l'algorithme, jugées insuffisantes pour une maladie aussi hétérogène.
- L'absence d'études indépendantes répliquant les résultats publiés par le fabricant.
- Le risque de faux positifs conduisant à des traitements ou opérations inutiles.
- L'absence de validation sur les formes superficielles de la maladie, plus difficiles à objectiver.
- Le manque de recul sur la capacité du test à orienter concrètement la prise en charge thérapeutique.
Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) a notamment réclamé des essais cliniques de plus grande ampleur, en double aveugle et menés sur plusieurs centres hospitaliers, avant d'envisager une intégration dans les recommandations officielles de diagnostic.
Vers un remboursement ? La position de la HAS et de l'Assurance Maladie
Le dossier d'évaluation de l'Endotest est suivi de près par la Haute Autorité de Santé. Un premier examen exploratoire avait laissé entrevoir une éventuelle prise en charge à l'horizon 2025, mais la polémique scientifique semble avoir ralenti le calendrier. La HAS doit publier un avis détaillé sur le service médical rendu (SMR) et l'amélioration du service médical rendu (ASMR) du dispositif.
En attendant cette décision, le test reste un acte hors nomenclature, sans remboursement par la Sécurité sociale ni par les complémentaires santé. Certaines mutuelles peuvent toutefois proposer, dans le cadre de leurs forfaits prévention ou bien-être, une participation forfaitaire à l'achat du dispositif.
| Acteur | Position actuelle |
|---|---|
| Assurance Maladie | Pas de remboursement à ce jour |
| HAS | Évaluation en cours, avis attendu |
| Sociétés savantes | Demande d'études complémentaires |
| Mutuelles | Aucune obligation, participation variable |
Pour suivre les évolutions du dossier, vous pouvez consulter régulièrement le site officiel ameli.fr.
Quelle couverture complémentaire pour les patientes endométriosiques
En l'attente d'une décision sur l'Endotest, les femmes concernées par l'endométriose doivent composer avec une prise en charge classique, parfois lacunaire. Les consultations spécialisées en gynécologie, les IRM pelviennes, les actes de cœlioscopie diagnostique ou encore l'hormonothérapie sont en grande partie remboursés par l'Assurance Maladie, mais des restes à charge subsistent.
Une complémentaire santé bien dimensionnée permet de couvrir efficacement :
- Les dépassements d'honoraires des chirurgiens et gynécologues en secteur 2.
- Les séances de kinésithérapie pour la rééducation périnéale ou la gestion de la douleur.
- Les consultations psychologiques, désormais partiellement prises en charge via le dispositif Mon soutien psy.
- Les médecines complémentaires (ostéopathie, acupuncture, sophrologie) souvent proposées en forfait annuel.
- Les parcours fertilité, dont les actes de PMA pour les patientes confrontées à l'infertilité.
En cas de reconnaissance en affection de longue durée (ALD) pour formes sévères, les soins liés à la maladie sont pris en charge à 100 % du tarif de la Sécurité sociale, mais ne couvrent pas les dépassements ni le confort hospitalier.
Comment EcoMutuelle peut vous aider à trouver la bonne couverture
Face à la complexité du parcours de soins des patientes endométriosiques, EcoMutuelle vous met en relation, gratuitement pour les particuliers, avec un courtier partenaire inscrit à l'ORIAS. Ce dernier examine votre situation personnelle (âge, statut professionnel, antécédents, besoins prioritaires) afin de vous présenter des contrats adaptés.
Notre approche se distingue par plusieurs principes :
- Gratuité totale du service pour les particuliers.
- Transparence sur les garanties, les exclusions et les délais de carence.
- Pédagogie autour des dispositifs publics existants (Complémentaire santé solidaire, ALD, Mon soutien psy).
- Indépendance éditoriale : nos contenus s'appuient sur des sources officielles vérifiables.
Pour aller plus loin, vous pouvez consulter notre rubrique actualités santé ou les articles spécifiques sur les perspectives de remboursement du test salivaire et l'analyse récente de l'efficacité de l'Endotest.
Questions fréquentes
L'Endotest est-il aujourd'hui remboursé par la Sécurité sociale ?
Non. À ce jour, le test salivaire Endotest® n'est pas inscrit à la nomenclature des actes remboursés par l'Assurance Maladie. Son coût d'environ 800 euros reste entièrement à la charge des patientes. Une demande d'évaluation est en cours auprès de la Haute Autorité de Santé, mais aucune décision favorable n'a encore été rendue. Certaines complémentaires santé peuvent éventuellement proposer une participation via un forfait prévention.
Pourquoi l'efficacité du test est-elle contestée ?
Plusieurs sociétés savantes, notamment le CNGOF, estiment que les études publiées par le fabricant reposent sur des cohortes trop limitées et n'ont pas été suffisamment répliquées par des équipes indépendantes. Les spécialistes redoutent des faux positifs, un défaut de validation sur les formes superficielles d'endométriose et un risque d'orientation thérapeutique inadaptée. Des essais cliniques complémentaires de grande ampleur sont réclamés avant toute généralisation.
Quels examens permettent aujourd'hui de diagnostiquer une endométriose ?
Le diagnostic repose principalement sur la consultation gynécologique approfondie, l'échographie pelvienne réalisée par un opérateur expert, et l'IRM pelvienne. La cœlioscopie, qui était autrefois la référence, est désormais réservée aux situations complexes ou aux indications chirurgicales. La précision de ces examens dépend fortement de l'expertise du praticien, ce qui explique en partie les délais de diagnostic encore longs.
L'endométriose peut-elle être reconnue en affection de longue durée ?
Oui, sous conditions. Les formes sévères et invalidantes d'endométriose peuvent être reconnues au titre des affections de longue durée (ALD) hors liste, après avis du médecin-conseil de l'Assurance Maladie. Cette reconnaissance permet une prise en charge à 100 % du tarif de la Sécurité sociale pour les soins liés à la maladie. Les démarches sont effectuées par le médecin traitant.
Une complémentaire santé spécifique existe-t-elle pour l'endométriose ?
Il n'existe pas de complémentaire dédiée exclusivement à l'endométriose, mais certains contrats renforcent les garanties utiles aux patientes : remboursement des dépassements d'honoraires en gynécologie, forfaits médecines douces, prise en charge des consultations psychologiques, soutien à la PMA. Un courtier partenaire peut comparer plusieurs offres pour identifier la couverture la plus adaptée à votre parcours médical.
Le test salivaire peut-il remplacer une IRM ou une échographie ?
En l'état actuel des connaissances, non. Même ses promoteurs présentent l'Endotest comme un outil d'orientation et non comme un examen de remplacement. La confirmation diagnostique passe encore aujourd'hui par les examens d'imagerie spécialisés, voire par la cœlioscopie dans certaines indications. Le test pourrait, à terme et sous réserve d'une validation scientifique consolidée, raccourcir le délai de prise en charge initial.