Droit à l'oubli : accès facilité à l'assurance emprunteur après un cancer
Longtemps pénalisés au moment de souscrire un prêt immobilier, les anciens malades du cancer bénéficient désormais d'un dispositif protecteur appelé droit à l'oubli. Issu de la convention AERAS et inscrit dans la loi de modernisation du système de santé, ce mécanisme permet à de nombreuses personnes guéries de ne plus déclarer leur ancienne pathologie au moment d'une demande d'assurance emprunteur. Une grille de référence officielle complète le dispositif et précise les pathologies couvertes sans surprime ni exclusion. EcoMutuelle fait le point sur ce droit, son fonctionnement et ses conséquences concrètes pour les emprunteurs concernés.

Le droit à l'oubli : un principe protecteur pour les anciens malades
Le droit à l'oubli est un dispositif issu de la convention AERAS (s'Assurer et Emprunter avec un Risque Aggravé de Santé), renforcé par la loi du 26 janvier 2016 relative à la modernisation de notre système de santé. Il permet aux personnes ayant souffert d'un cancer ou de certaines pathologies lourdes de ne pas avoir à déclarer cette affection lors d'une demande d'assurance emprunteur, dès lors qu'un certain délai s'est écoulé depuis la fin du protocole thérapeutique.
Concrètement, les anciens malades peuvent ainsi accéder plus facilement à un crédit immobilier ou à un crédit à la consommation, sans subir de surprime ni d'exclusion de garantie liée à leur ancienne pathologie. Auparavant, la déclaration de santé pouvait entraîner des refus d'assurance ou des conditions financières dissuasives, freinant les projets d'achat immobilier ou d'investissement professionnel.
- Pour les cancers diagnostiqués avant 21 ans : le droit à l'oubli s'applique 5 ans après la fin du protocole thérapeutique sans rechute.
- Pour les cancers diagnostiqués après 21 ans : le délai est de 10 ans après la fin du protocole thérapeutique sans rechute (délai réduit à 5 ans depuis la loi Lemoine de 2022).
Ce dispositif marque une étape essentielle dans la reconnaissance du parcours des patients guéris et dans la lutte contre la double peine sociale et financière qu'ils subissaient.
La grille de référence AERAS : 6 pathologies initialement couvertes
Pour compléter le droit à l'oubli, les partenaires de la convention AERAS ont élaboré une grille de référence définissant les pathologies pour lesquelles les anciens malades peuvent bénéficier d'une assurance emprunteur sans surprime ni exclusion, dès la fin du protocole thérapeutique ou à l'issue d'un délai défini, parfois plus court que celui prévu par le droit à l'oubli général.
La première version de cette grille couvrait 6 pathologies emblématiques :
- Le cancer du testicule de stade 1.
- Le cancer du sein de stade 0 (carcinome canalaire in situ).
- Le mélanome de la peau de stade 1.
- Le cancer du col de l'utérus détecté à un stade précoce.
- Le cancer de la thyroïde de stade 1A.
- L'hépatite virale C guérie après traitement.
La grille est régulièrement enrichie par les autorités sanitaires et les associations de patients. Elle s'inscrit dans une démarche de progrès continu visant à élargir la liste des affections pour lesquelles l'assurance emprunteur devient accessible dans des conditions standard.
Comment consulter la grille à jour
La version actualisée de la grille de référence est publiée et accessible librement. Les emprunteurs peuvent consulter le site officiel aeras-infos.fr ou se référer à la documentation de leur courtier en assurance pour vérifier si leur situation entre dans le périmètre couvert.
Comment fonctionne concrètement le droit à l'oubli ?
Le droit à l'oubli s'applique au moment de la souscription d'un contrat d'assurance emprunteur. La personne concernée n'a pas à mentionner sa pathologie passée dans le questionnaire de santé, dès lors que les conditions de délai sont remplies.
Les étapes typiques sont les suivantes :
- L'emprunteur sollicite une assurance emprunteur dans le cadre d'un prêt immobilier ou à la consommation.
- Il remplit un questionnaire de santé, ou en est dispensé dans certains cas (par exemple pour les prêts immobiliers inférieurs à 200 000 € remboursés avant 60 ans, depuis la loi Lemoine).
- Si la pathologie passée entre dans le champ du droit à l'oubli, elle n'a pas à être déclarée.
- L'assureur ne peut alors ni refuser la couverture, ni appliquer de surprime, ni exclure de garantie en raison de cette ancienne pathologie.
En cas de litige, les emprunteurs disposent de recours : la commission de médiation de la convention AERAS peut être saisie, et le Défenseur des droits intervient également sur les questions de discrimination liées à l'état de santé.
Un impact réel sur l'accès au crédit et à la propriété
Avant la mise en place du droit à l'oubli, de nombreux anciens malades renonçaient à leurs projets immobiliers, faute de pouvoir obtenir une assurance emprunteur à des conditions raisonnables. Le dispositif a profondément modifié cette réalité.
Les principaux effets observés sont :
- Une baisse significative des surprimes pour les emprunteurs concernés.
- Un accès facilité aux prêts immobiliers pour les anciens patients atteints de cancer ou d'hépatite C.
- Une simplification du parcours de souscription, avec moins de pièces justificatives médicales à fournir.
- Une meilleure reconnaissance sociale de la guérison et de la reprise d'une vie normale.
Les associations de patients, comme la Ligue contre le cancer, ont salué ces avancées tout en plaidant pour une réduction supplémentaire des délais et un élargissement continu de la grille de référence. Sur ce dernier point, la loi Lemoine adoptée en 2022 a effectivement abaissé le délai du droit à l'oubli général de 10 à 5 ans, marquant une nouvelle étape.
Et la complémentaire santé dans tout cela ?
Le droit à l'oubli concerne spécifiquement l'assurance emprunteur et non la complémentaire santé. Toutefois, les anciens malades du cancer ont aussi des besoins particuliers en matière de couverture santé : suivi médical régulier, examens d'imagerie, consultations spécialisées, soins de support.
Plusieurs leviers permettent d'optimiser cette couverture :
- Vérifier les garanties hospitalisation et la prise en charge des dépassements d'honoraires en cas de suivi post-traitement.
- S'assurer du remboursement des consultations spécialisées (oncologie, cardiologie, dermatologie selon les antécédents).
- Étudier la couverture des médecines complémentaires souvent utilisées en accompagnement (ostéopathie, psychologie, diététique).
- Comparer les garanties dédiées aux soins de longue durée et aux affections de longue durée (ALD), prises en charge à 100 % par l'Assurance maladie sur la base du tarif Sécu.
EcoMutuelle vous met en relation, gratuitement pour les particuliers, avec un courtier partenaire inscrit à l'ORIAS qui pourra analyser votre situation et identifier les offres adaptées à votre profil et à votre historique médical.
Démarches pratiques et recours en cas de difficulté
Pour bien faire valoir vos droits, quelques démarches simples sont à connaître.
Avant de souscrire un crédit
- Calculez les délais écoulés depuis la fin de votre protocole thérapeutique.
- Vérifiez si votre pathologie figure dans la grille de référence AERAS.
- Conservez les justificatifs médicaux attestant de la fin du traitement et de l'absence de rechute.
En cas de refus ou de surprime injustifiée
- Demandez à l'assureur une motivation écrite de sa décision.
- Saisissez la commission de médiation AERAS.
- Contactez le Défenseur des droits en cas de discrimination caractérisée.
- Faites-vous accompagner par une association de patients ou par un courtier expérimenté en assurance emprunteur.
Pour aller plus loin, des informations officielles sont disponibles sur service-public.fr et legifrance.gouv.fr, qui détaillent le cadre légal et les recours possibles.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que le droit à l'oubli pour les anciens malades du cancer ?
Le droit à l'oubli permet aux personnes ayant été atteintes d'un cancer ou de certaines pathologies de ne pas avoir à déclarer cette ancienne maladie lors d'une demande d'assurance emprunteur. Inscrit dans la loi du 26 janvier 2016 puis renforcé par la loi Lemoine de 2022, il s'applique à condition qu'un délai défini se soit écoulé depuis la fin du protocole thérapeutique sans rechute. L'objectif est d'éviter les surprimes, exclusions ou refus de couverture liés à un passé médical.
Quels délais doivent être respectés pour bénéficier du droit à l'oubli ?
Depuis la loi Lemoine du 28 février 2022, le délai du droit à l'oubli est unifié à 5 ans après la fin du protocole thérapeutique sans rechute, quel que soit l'âge du diagnostic. Auparavant, le délai était de 5 ans pour les cancers diagnostiqués avant 21 ans et de 10 ans pour ceux survenus à l'âge adulte. Cette évolution représente un net progrès pour des millions d'anciens malades qui peuvent désormais accéder plus rapidement à un crédit immobilier dans des conditions normales.
La grille de référence AERAS couvre-t-elle d'autres pathologies que le cancer ?
Oui. Outre les cancers, la grille de référence AERAS inclut notamment l'hépatite virale C guérie après traitement. Elle est régulièrement actualisée par les partenaires de la convention AERAS (assureurs, pouvoirs publics, associations de patients) pour intégrer de nouvelles affections au fur et à mesure des progrès médicaux. Consulter la version la plus récente sur le site officiel aeras-infos.fr est donc essentiel avant toute démarche.
Le droit à l'oubli s'applique-t-il aussi à la complémentaire santé ?
Non. Le droit à l'oubli ne concerne que l'assurance emprunteur et certains crédits. Pour la complémentaire santé, la sélection médicale est encadrée différemment : les contrats individuels peuvent prévoir des questionnaires, tandis que la complémentaire santé d'entreprise est obligatoire et sans sélection médicale. Les anciens malades du cancer peuvent toutefois souscrire librement une complémentaire santé et bénéficier d'une prise en charge à 100 % via le dispositif des affections de longue durée (ALD) géré par l'Assurance maladie.
Que faire si un assureur applique une surprime malgré le droit à l'oubli ?
Si vous constatez qu'un assureur applique une surprime ou une exclusion alors que votre situation entre dans le champ du droit à l'oubli, demandez d'abord une motivation écrite. Vous pouvez ensuite saisir la commission de médiation de la convention AERAS, contacter le Défenseur des droits ou solliciter une association de patients. Il est également utile de faire jouer la concurrence en consultant plusieurs assureurs ou un courtier spécialisé, la délégation d'assurance étant désormais facilitée par la loi Lemoine.
Comment EcoMutuelle peut-elle aider les anciens malades à comparer leurs garanties santé ?
EcoMutuelle vous met en relation, gratuitement pour les particuliers, avec un courtier partenaire inscrit à l'ORIAS. Ce professionnel peut analyser vos besoins spécifiques (suivi médical post-cancer, soins de support, hospitalisations, médecines complémentaires) et vous présenter des offres adaptées à votre profil. Cette approche personnalisée permet de mieux anticiper les frais de santé liés au suivi de long terme tout en respectant votre situation et vos contraintes budgétaires.